À Montpellier, en France, 200 000 moustiques tigres mâles stérilisés par rayons X sont lâchés chaque semaine dans le cadre d'un essai de lutte contre le moustique tigre

À Montpellier, en France, une stratégie de contrôle des moustiques indépendante des insecticides chimiques est expérimentée en lâchant des moustiques tigres mâles stérilisés par rayons X, afin de faire face à la propagation du moustique tigre et aux risques de transmission de maladies qui en découlent.

Cet essai est mené depuis 2025 dans le quartier résidentiel de Malbosc à Montpellier. Cette zone est propice à la reproduction du moustique tigre. L'équipe de l'essai lâche des moustiques tigres mâles stériles sur environ 30 points de lâcher deux fois par semaine, soit environ 100 000 individus par lâcher, ce qui équivaut à environ 200 000 individus par semaine sur une superficie d'environ 50 hectares.

Cette méthode repose sur la technique de l'insecte stérile. Étant donné que seules les femelles piquent et se nourrissent de sang et peuvent transmettre des virus, et que les femelles ne s'accouplent généralement qu'une seule fois dans leur vie, les chercheurs lâchent dans la nature des mâles ayant perdu leur capacité de reproduction après un traitement par rayons X, afin qu'ils s'accouplent avec les femelles sauvages. Les œufs pondus par les femelles par la suite ne peuvent pas être fécondés normalement, ce qui réduit le nombre de moustiques de la génération suivante.

Le projet est mis en œuvre par la start-up montpelliéraine Terratis, en partenariat avec la ville de Montpellier, Montpellier Métropole et l'Institut de recherche pour le développement (IRD), chargé d'évaluer les résultats. Terratis élève des moustiques tigres dans ses installations ; après séparation des mâles et des femelles, seuls les mâles sont soumis à un traitement de stérilisation par rayons X d'environ 10 minutes, avant d'être lâchés dans les quartiers ciblés. L'entreprise produit actuellement près de 1,5 million de mâles par semaine et prévoit d'augmenter encore sa capacité de production pour répondre aux besoins de lutte dans davantage de zones.

Frédéric Simard, chercheur à l'Institut de recherche pour le développement, indique que l'essai de 2025 a démarré tardivement, fin août, mais que sur les 78 pièges à ponte installés dans le secteur de Malbosc, 40 % des œufs se sont révélés stériles, un résultat préliminaire encourageant. L'équipe de recherche espère lancer les lâchers plus tôt à l'étape suivante afin d'observer si des effets plus marqués peuvent être constatés.

Contrairement aux méthodes chimiques de démoustication couramment utilisées lors des épidémies, le lâcher de moustiques mâles stériles constitue un moyen de contrôle biologique ciblant la reproduction des moustiques, sans pulvérisation d'insecticides, ce qui permet de réduire l'impact sur les insectes non ciblés et la biodiversité. Les chercheurs soulignent toutefois que cette méthode ne peut pas résoudre à elle seule le problème du moustique tigre. Étant donné que le rayon d'action du moustique tigre ne dépasse généralement pas 150 mètres, la lutte nécessite des lâchers continus et fréquents dans des zones précises.

Le moustique tigre, originaire d'Asie, est désormais établi dans la majeure partie du territoire français. Le changement climatique rend ses conditions de survie et de propagation plus favorables. Contrairement aux espèces de moustiques traditionnelles, le moustique tigre est mieux adapté aux environnements urbains : de petites quantités d'eau stagnante dans des pots de fleurs, des seaux ou des gouttières peuvent devenir des gîtes larvaires. Ses œufs éclosent généralement au printemps, et les adultes sont plus actifs entre mai et octobre.

La ville de Montpellier associe les lâchers de moustiques mâles stériles à des actions de sensibilisation auprès des habitants, les invitant à éliminer les eaux stagnantes dans les jardins, les terrasses et les balcons. Les chercheurs estiment que la réduction des gîtes larvaires reste une mesure clé pour limiter la reproduction du moustique tigre à long terme.

Influencées par l'essai de Montpellier, d'autres régions de France commencent à emboîter le pas. En 2026, des essais similaires ont été lancés à Brive-la-Gaillarde, Toulouse et Mions. À La Réunion, une technique modifiée est également en cours de test, consistant à injecter un insecticide dans les moustiques mâles stériles afin d'améliorer l'efficacité de la démoustication. Ces essais devront encore être évalués pendant plusieurs années avant de pouvoir juger de leur efficacité à grande échelle.

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