La hausse de la température des rivières européennes entrave l'exploitation nucléaire, la première centrale polonaise se tourne vers la mer Baltique pour son refroidissement

Les vagues de chaleur, sécheresses et niveaux d'eau fluviaux bas qui persistent en Europe transforment la problématique du refroidissement des centrales nucléaires d'une simple question d'ingénierie en un risque réel pour la stabilité de l'approvisionnement électrique. L'expérience de la France et de la Suisse montre que lorsque la température de l'eau des rivières est trop élevée ou que le débit est insuffisant, les centrales nucléaires, même capables de produire de l'électricité, peuvent être contraintes de réduire leur puissance, voire de s'arrêter temporairement, en raison des restrictions environnementales. En 2022, la production nucléaire française a chuté de 22 % en glissement annuel. Ces dernières années, lors des périodes de forte chaleur estivale, la hausse de la température de l'eau de la Seine, du Rhône et d'autres fleuves a également conduit à de multiples limitations des réacteurs concernés.

 

Le cœur du problème ne réside pas seulement dans la question « y a-t-il assez d'eau », mais aussi dans celle de savoir si « l'eau est suffisamment froide ». Les systèmes de refroidissement traditionnels qui dépendent des rivières sont confrontés à une baisse du débit en période de sécheresse et à une hausse de la température de l'eau prélevée lors des vagues de chaleur. L'eau de refroidissement rejetée par les centrales nucléaires doit respecter des limites de température environnementales afin d'éviter d'augmenter davantage la température des rivières et de nuire aux écosystèmes. Dans un contexte de fréquence accrue des phénomènes météorologiques extrêmes, la vulnérabilité du mode de refroidissement par rivière est ainsi amplifiée.

Dans ce contexte, le choix de la première centrale nucléaire polonaise d'utiliser la mer Baltique comme source d'eau de refroidissement revêt une signification claire en matière d'adaptation au changement climatique. Le projet nucléaire prévu à Lubiatowo-Kopalino adoptera un système de refroidissement en circuit ouvert utilisant l'eau de mer, plutôt que de dépendre du niveau et de la température d'un cours d'eau particulier. La prise d'eau est prévue à environ 5,5 kilomètres de la côte, à une profondeur d'environ 24 mètres, tandis que le point de rejet sera situé à environ 4 kilomètres du rivage, à une profondeur d'environ 20 mètres. Ces installations seront éloignées des plages et des zones de baignade.

La conception du projet met également l'accent sur l'isolation mutuelle du circuit de refroidissement à l'eau de mer et du circuit du réacteur. L'eau de la mer Baltique sert uniquement à refroidir les condenseurs et n'entre pas en contact avec l'eau du circuit du réacteur. Par conséquent, ce qui est rejeté en mer n'est pas l'eau du réacteur, mais de l'eau de mer dont la température a augmenté après avoir traversé le système de refroidissement. Selon la société polonaise de l'énergie nucléaire, la température de l'eau au point de rejet ne dépasse pas 10 degrés Celsius par rapport à la température de prise d'eau. Après mélange par les diffuseurs, l'écart de température entre la surface et les eaux environnantes ne devrait pas dépasser 2 degrés Celsius, et la zone d'influence se limitera principalement aux abords du point de rejet.

Au vu des pressions climatiques auxquelles est confrontée l'exploitation nucléaire européenne, cette solution polonaise ne vise pas à éliminer le besoin de refroidissement du nucléaire, mais à réduire la dépendance aux conditions hydrologiques des rivières. La première centrale nucléaire polonaise prévoit d'utiliser trois réacteurs Westinghouse AP1000, avec une mise en service complète des trois tranches prévue pour 2038. Alors que les phénomènes météorologiques extrêmes exercent un impact croissant sur les systèmes énergétiques, la source d'eau de refroidissement, le contrôle de la température des rejets et l'évaluation environnementale marine deviennent des variables de plus en plus déterminantes dans la planification des projets nucléaires.

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