La Russie envisage de construire une centrale nucléaire de petite taille au Kirghizistan, le réacteur de brise-glace terrestre au centre des débats

Le projet de Rosatom de promouvoir la construction d'une centrale nucléaire de petite taille au Kirghizistan fait l'objet de discussions autour de la solution réacteur RITM-200N. Ce réacteur, d'une puissance d'environ 55 mégawatts, est la version terrestre du réacteur RITM-200 utilisé sur les brise-glaces nucléaires de nouvelle génération russes. À l'heure actuelle, plusieurs brise-glaces nucléaires russes adoptent déjà cette même filière technologique, ce qui constitue le principal argument de Moscou pour démontrer sa maturité et sa fiabilité.

Ce projet est entré dans le débat public pour la première fois en janvier 2022. À l'époque, le secteur énergétique kirghize avait indiqué que si une centrale nucléaire était construite, sa capacité installée ne devrait pas être inférieure à 300 mégawatts, reflétant les considérations réalistes locales concernant le déficit électrique et la sécurité énergétique. En novembre 2022, des entreprises russes concernées et le ministère de l'Énergie du Kirghizistan ont signé, lors du forum “ATOMEXPO-2022”, le cahier des charges technique pour l'étude technico-économique préliminaire du projet de centrale nucléaire de petite taille, avec une période de préparation des documents estimée entre un an et un an et demi.

Selon les présentations russes, les avantages de la centrale nucléaire de petite taille résident principalement dans sa faible emprise au sol et son adaptation aux conditions particulières des régions. D'après Rosatom, une centrale nucléaire de petite taille utilisant ce réacteur occupe une superficie équivalant à environ 8 terrains de football, nettement inférieure à celle des installations solaires, éoliennes et hydroélectriques de capacité comparable. Sa conception de sûreté renforcée de troisième génération ainsi que son système de sûreté passive ne dépendant pas de l'alimentation électrique externe sont également avancés comme des arguments importants pour son adaptation aux zones à risque sismique. Une centrale nucléaire de petite taille adoptant une filière technologique similaire est actuellement en construction en Iakoutie, en Russie, avec une mise en service prévue en 2028.

Les documents mettent particulièrement en avant le contexte technologique des brise-glaces nucléaires. Le brise-glace russe “Arktika”, équipé de deux réacteurs RITM-200, est le navire de tête du projet 22220, doté d'une capacité d'opération dans les zones de glace épaisse, avec un cycle de remplacement du combustible d'environ 7 ans et une durée de vie nominale de 40 ans. Outre l'“Arktika”, les brise-glaces “Sibir”, “Oural” et “Iakoutia” appartiennent également à la même série. Parallèlement, les brise-glaces plus anciens tels que l'“Yamal”, le “50 Let Pobedy”, ainsi que le “Taïmyr” et le “Vaïgatch”, utilisent des installations nucléaires de propulsion de séries différentes, démontrant la longue expérience d'exploitation de la Russie dans le domaine des réacteurs nucléaires marins.

Si le projet aboutit, le Kirghizistan deviendra un important projet pilote pour la construction de centrales nucléaires de petite taille à l'étranger par la Russie. Pour le Kirghizistan, ce projet pourrait contribuer à atténuer la pression sur l'approvisionnement électrique et à diversifier le mix énergétique, mais il soulèvera également des questions concernant la capacité installée, la viabilité économique, la sûreté sismique, l'acceptation publique et la gestion à long terme des déchets nucléaires. La concrétisation future du projet dépendra toujours des résultats de l'étude technico-économique, des arrangements de financement entre les deux parties, ainsi que de l'évolution de la politique énergétique kirghize et du débat public national.

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