La Jamaïque met en service un irradiateur gamma au cobalt-60, soutenant la recherche sur la technique de l'insecte stérile et l'agriculture
Un nouvel irradiateur gamma a été mis en service au Centre international pour l'environnement et les sciences nucléaires de l'Université des Indes occidentales en Jamaïque, offrant de nouvelles conditions techniques au pays pour la lutte contre les maladies à transmission vectorielle, l'amélioration agricole et la recherche sur les applications des technologies nucléaires. L'équipement a été mis en fonctionnement en octobre 2024 et officiellement inauguré en août 2025. Il est actuellement principalement dédié à la recherche sur la technique de l'insecte stérile, avec pour objectif principal le contrôle d'Aedes aegypti.

John Antoine, responsable du laboratoire d'analyse nucléaire du Centre international pour l'environnement et les sciences nucléaires et chercheur scientifique principal, a expliqué que l'irradiateur peut appliquer des doses de rayonnement contrôlables et mesurables aux échantillons ou aux produits, sans toutefois rendre ces échantillons ou produits eux-mêmes radioactifs. Il a comparé ce processus à un examen radiologique, précisant que la personne examinée ne devient pas une substance radioactive après l'examen. L'installation utilise le cobalt-60 comme source de rayonnement et présente une conception à blindage intégré, permettant de minimiser l'exposition aux rayonnements des opérateurs et du personnel environnant.
Antoine a indiqué que l'utilisation la plus importante de cette installation est actuellement la recherche sur la technique de l'insecte stérile. L'équipe concernée stérilisera les moustiques mâles par irradiation avant leur lâcher, afin de les utiliser pour la lutte antiparasitaire. Le Centre international pour l'environnement et les sciences nucléaires collabore avec le ministère de la Santé et du Bien-être de la Jamaïque ainsi qu'avec l'Université des Indes occidentales, cette dernière fournissant des moustiques élevés en laboratoire pour les essais d'irradiation.
L'élément clé de cette recherche consiste à déterminer la dose de rayonnement appropriée : il faut à la fois rendre les moustiques mâles stériles tout en préservant leur capacité à rivaliser avec les mâles sauvages pour l'accouplement. Antoine a expliqué que les femelles ne peuvent pas distinguer clairement les mâles irradiés des mâles non irradiés ; après l'accouplement, aucune progéniture n'est produite, et la population de moustiques devrait ainsi diminuer au fil du temps. Le projet pilote de technique de l'insecte stérile devrait être lancé dans les prochains mois, le calendrier précis dépendant des arrangements des partenaires du projet.
Outre la lutte antivectorielle, cet irradiateur gamma est également utilisé pour explorer la sélection par mutagénèse des cultures et des plantes. Le Centre international pour l'environnement et les sciences nucléaires collabore avec la Commission de recherche scientifique, qui fournit des tissus végétaux et des plantules pour l'irradiation. Cette méthode vise à accélérer le processus de mutation naturelle afin d'identifier des matériaux présentant des caractéristiques telles que la résistance aux maladies, la tolérance à la sécheresse ou une meilleure adaptation au changement climatique.
Cette technologie pourrait également servir aux exportations agricoles jamaïcaines. Antoine a souligné que les fruits fragiles sont souvent affectés par les ravageurs et les maladies ainsi que par une durée de conservation limitée lors de leur entrée sur les marchés étrangers. Grâce à la recherche sur l'irradiation gamma, les scientifiques peuvent évaluer les doses de rayonnement susceptibles de contribuer à la lutte contre les ravageurs et à la prolongation de la durée de conservation. Si les recherches aboutissent, la Jamaïque pourrait à l'avenir introduire des équipements d'irradiation à l'échelle industrielle pour un traitement à plus grande capacité, aidant ainsi les agriculteurs à élargir leurs marchés d'exportation.
Antoine a également mentionné que l'irradiation des aliments constitue une autre application potentielle, pouvant servir à réduire les micro-organismes nuisibles et à améliorer la sécurité sanitaire des aliments. Actuellement, la technologie d'irradiation des aliments est déjà appliquée à l'échelle internationale, et plus de 50 pays et régions dans le monde disposent d'installations de traitement par irradiation gamma. En outre, les rayonnements peuvent également être utilisés dans la recherche en science des matériaux, par exemple pour améliorer les propriétés d'imperméabilité et de durabilité des matériaux.
Antoine a exprimé l'espoir que cette technologie ait un impact concret sur la lutte contre les maladies infectieuses à transmission vectorielle en Jamaïque au cours des cinq prochaines années, et envisage que le pays puisse à l'avenir se doter d'irradiateurs gamma industriels pour réduire le gaspillage alimentaire et élargir les exportations agricoles, tout en étendant la technique de l'insecte stérile à la lutte contre d'autres ravageurs tels que les mouches des fruits et les mouches à viande.
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