Une équipe chinoise propose un prétraitement par « repas de sang toxique » pour favoriser l’application de la technique de l’insecte stérile chez les moustiques
Des chercheurs chinois ont récemment proposé une nouvelle approche de tri sexuel pour la technique de l’insecte stérile (TIS) chez les moustiques : ajouter un agent spécifique au sang absorbé par les femelles, en exploitant la différence biologique selon laquelle « les femelles se nourrissent de sang, tandis que les mâles ne le font pas », afin de réduire considérablement le nombre de femelles avant le lâcher. L’étude a été publiée dans le numéro de juin du Journal of Medical Entomology.

La technique de l’insecte stérile est une méthode de contrôle des populations de ravageurs axée sur la stérilisation par irradiation. Son principe de base consiste à élever à grande échelle des mâles de l’espèce cible en laboratoire, à les rendre stériles par irradiation, puis à les relâcher dans la nature, où ils s’accouplent avec les femelles pour produire des œufs non viables, freinant ainsi la croissance de la population cible. Cette technique a été intégrée aux systèmes de gestion intégrée des ravageurs et est considérée comme un moyen de lutte relativement respectueux de l’environnement.
Cependant, l’application de la TIS aux moustiques se heurte depuis longtemps à un obstacle majeur : il faut éliminer autant que possible les femelles avant le lâcher. Contrairement aux ravageurs comme la mouche des fruits, les moustiques femelles piquent et peuvent transmettre des maladies vectorielles, il n’est donc pas approprié de les relâcher avec les mâles. Pour les moustiques du genre Aedes, les chercheurs peuvent recourir à un tri mécanique basé sur les différences de taille entre larves ou nymphes mâles et femelles ; mais chez les moustiques du genre Anopheles, les différences de taille et de temps de nymphose entre mâles et femelles sont faibles, ce qui rend le tri mécanique irréaliste, et l’efficacité du tri manuel ne suffit pas à soutenir des lâchers à grande échelle.
Le Dr Zhang Dongjing de l’Université Sun Yat-sen a indiqué que la méthode de l’équipe exploite précisément la différence la plus fondamentale entre mâles et femelles : les femelles se nourrissent de sang, tandis que les mâles ne le font pas. Dans les expériences, les femelles meurent après avoir absorbé un repas de sang additionné d’un agent toxique, tandis que les mâles survivent car ils ne se nourrissent pas de sang. Bien que cette méthode ne permette pas encore de réduire le taux résiduel de femelles sous le seuil de 1 % requis pour un lâcher direct, elle peut servir d’étape de prétraitement efficace, réduisant considérablement la pression du tri manuel ou fin ultérieur.
Les chercheurs ont sélectionné et testé 11 agents chimiques, évaluant d’abord leurs effets sur Aedes albopictus, puis validant leur efficacité sur Anopheles stephensi. L’étude a également comparé l’influence de différentes substances chimiques sur le comportement de prise de sang des moustiques, et examiné des facteurs tels que la température, la fréquence des repas de sang, la durée de la prise de sang et l’âge des moustiques. Pour les mâles survivants, l’équipe a en outre évalué la capacité de vol, la longévité, la capacité d’accouplement et la compétitivité face aux mâles sauvages pour l’accès aux femelles.
Les résultats expérimentaux montrent que les combinaisons les plus efficaces incluent la deltaméthrine et le pipéronyl butoxyde. La deltaméthrine agit sur le système nerveux des insectes, tandis que le pipéronyl butoxyde inhibe la détoxification des composés pyréthrinoïdes par l’insecte, renforçant ainsi la toxicité. Les chercheurs ont également ajouté de l’ATP au mélange pour stimuler le comportement de prise de sang des femelles, augmentant ainsi la probabilité qu’elles ingèrent une dose létale.
L’équipe de recherche a indiqué qu’après avoir éliminé la majorité des femelles par le « repas de sang toxique », il est possible de combiner l’intelligence artificielle et des techniques génétiques pour un tri complémentaire de plus haute précision, rapprochant ainsi les lots d’une composition exclusivement mâle. Zhang Dongjing estime que, bien que cette approche ne puisse pas encore satisfaire à elle seule les exigences de contrôle des femelles pour un lâcher direct en TIS chez les moustiques, elle démontre déjà une valeur pratique élevée en tant qu’étape de prétraitement.
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